LE WHISKY FRANÇAIS

L’HISTOIRE

1983 : Lancement du projet Whisky Breton

En 1983, la distillerie Warenghem situé à Lannion en Bretagne et son directeur de l’époque Gilles Leizour se lancent dans un projet qui paraissait alors insensé : produire du whisky en Bretagne.
L’idée émerge à la lecture d’un article dans le journal dans lequel un journaliste relate la découverte d’un whisky français à la Garden Party de l’Élysée du 14 juillet 1983. Appelé Biniou, il s’agissait en fait d’un assemblage de 98% d’alcool neutre distillé à Antrain avec 2% de single malt écossais.
Qu’importe, cette approximation journalistique suffira à insuffler l’idée à Gilles Leizour de produire un whisky dans l’Hexagone : l’histoire du whisky français était en marche !

1984 : Début de la production de whisky Français

Un an plus tard, la distillerie Warenghem débute la production. Afin de s’adapter au marché de l’époque (loin d’être aussi propice au single malt qu’aujourd’hui), Gilles Leizour décide de produire un « blend » assemblé à partir de whiskys de malt et de blé distillés en alambic à repasse.

1987 : Premier Blend 100% Français : Le WB

Après avoir passé les trois années réglementaires en fût, le premier whisky français voit le jour. Baptisé WB pour whisky breton, il s’agit d’un assemblage composé de 25% de whisky de malt et de 75% de whisky de grain. Il se destine plutôt à la grande distribution et il sera le seul whisky français pendant plus d’une décennie.

1998 : Premier Single Malt 100% Français : Armorik

Si 1998 est une année mémorable à bien des égards, elle l’est en particulier pour la naissance du premier single malt français, toujours en Bretagne.
En effet, la distillerie Warenghem continue d’ouvrir la voie avec le premier whisky issu à 100% d’orge maltée. Répondant au nom d’Armorik, il s’adresse à un publique d’amateurs et va petit à petit se répandre dans les assortiments des cavistes bretons.

2000 : 7 Distilleries sont en activité en France

Lors du passage à l’an 2000, seulement 7 distilleries de whisky sont en activité en France et seulement deux commercialisent leurs produits.
Les autres acteurs n’ont pas encore de stocks suffisamment âgés pour leur permettre de revendiquer l’appellation whisky, qui demande un minimum de 3 ans de vieillissement.
On retrouve ainsi Glann Ar Mor, la Distillerie des Menhirs et Warenghem en Bretagne, Gilbert Holl et Lehmann en Alsace, Wambrechies dans le Nord-Pas de Calais et le Domaine Mavela en Corse.

2004: Premier whisky alsacien : Lac’Holl

Si l’épopée du whisky français débute en Bretagne, elle s’étend rapidement en Alsace. La région fourmille de petits producteurs d’eau-de-vie et la distillation y est culturellement implantée depuis plus de cinq siècles.
Alors que les eaux-de-vie traditionnelles sont en perte de vitesse (les Français commencent déjà à bouder les digestifs), le whisky apparaît comme un relais de croissance pertinent. D’autant qu’en France, plusieurs consommateurs le boivent à l’apéritif.
Gilbert Holl ouvre la voie en 2004 en embouteillant Lac’holl, le premier whisky alsacien.

2010 : La France passe le cap des 20 distillerie de whisky français

Entre 2000 et 2010, 13 distilleries de whisky vont ouvrir en France. À cette époque, le whisky français est encore confidentiel. Le marché annuel représente alors 215 000 bouteilles, qui sont consommées régionalement, principalement en Bretagne et en Alsace.

2015 : Création des IGP Whisky Breton et Alsacien

En janvier 2015, les deux principales régions productrices de whisky se dotent d’une IGP et publient respectivement un cahier des charges pour porter la mention « Whisky Breton » ou « Whisky Alsacien ».
Largement motivée par l’évolution de la législation (à cette époque la commission européenne s’apprête à interdire toute mention géographique sur les étiquettes si les produits concernés ne sont ni dotés ni d’IGP ni d’AOC), la création de ces IGP reflète aussi une volonté de transparence et de structuration de la part des producteurs.

2017 : L’appellation single malt est encadrée

Alors que le nombre de distillerie atteint les 50, la commission européenne publie le Décret n° 2016-1757 du 16 décembre 2016 relatif à l’étiquetage des boissons spiritueuses. Désormais, « seuls les whiskys élaborés exclusivement à partir d’un moût d’orge maltée, dans une seule et même distillerie et par distillation discontinue simple peuvent porter l’appellation single malt. »

2018 : Passage de la barre des 1 million de bouteilles de whisky français vendues en France

En seulement 8 ans, les ventes de whisky français ont été multipliées par 5.
Cette dynamique témoigne d’un engouement croissant pour les productions locales. Le nombre de distilleries continue de croitre (10 distilleries de plus sur l’année) et on assiste à l’essor de l’embouteillage indépendant.
En 2018, on compte une vingtaine d’éleveurs et affineurs qui travaillent sur des whiskies brassés, fermentés, distillés et vieillis en France.

2020 : 86 distilleries sont en activité

La France produit 2 000 000 de litres d’alcool pur par an.
Si ce chiffre paraît conséquent, il correspond au volume produit annuellement par une seule distillerie écossaise de taille moyenne.
Le whisky français connaît certes une croissance fulgurante, il n’en reste pas moins artisanal. La production française est composée en majeure partie de whisky de malt destiné à un public d’amateurs avertis, mais on peut déjà mesurer tout le chemin parcouru depuis le WB de 1987 !
L’idée de la gamme Version Française nait au printemps et les tous premiers embouteillages sont commercialisés à l’automne, sur le modèle du négoce et de l’embouteillage indépendant à l’écossaise, laissant voir en toute transparence la provenance des produits.

2021 : 95 distilleries sont en activité

L’histoire continue de s’écrire alors que nous approchons du cap des 100 distilleries auquel il faut ajouter une cinquantaine d’embouteilleurs indépendants.
La gamme Version Française continue à s’étoffer et intègre pour la première fois, une sélection d’armagnacs de petits producteurs.

Le whisky français

Les chiffres de la filière

  • 95 distilleries de whisky en activité en France
  • 1 100 000 bouteilles de whisky français vendues en 2020
  • 2 000 000 litres d’alcool pur produits par an
  • 50 affineurs de whisky français en activité
  • 115 marques sur le marché

Le whisky français

Les matières premières

La maitrise des matières premières est l’un des points forts de la France pour la production de whisky. Trois des leaders mondiaux du malt sont des entreprises/coopératives françaises : Vivescia (Malteurop), Soufflet et Axéréal (Boormalt). La France produit en moyenne de 65 à 70 millions de tonnes de céréales par an.
Si les distilleries françaises ont massivement opté pour l’orge maltée, certains s’autorisent des matières premières plus inattendues. On pense bien entendu à la Distillerie des Menhirs en Bretagne et à son whisky de blé noir (sarrasin) mais également à des whiskys de blé, de maïs (malté ou non), de seigle et même d’avoine et de grand épeautre.

Le whisky français

Le brassage et la fermentation

Le savoir-faire de la France en matière de bière est séculaire. Cette expertise a utilement été mise à profit pour la production du whisky. En effet, avant d’obtenir un whisky, il faut produire un moût fermenté qui s’apparente à une bière sans le houblon. Par ailleurs, si ce sont les distilleries qui ont ouvert la voie du whisky français (Warenghem et Gilbert Holl produisaient des eaux-de-vie et des liqueurs), les brasseurs ont rapidement rejoint les rangs des producteurs. Alors que cette étape est peu exploitée en Écosse, les distilleries françaises n’hésitent pas à innover à ce stade de l’élaboration du produit, en travaillant notamment sur des levures indigènes et des fermentations longues.

Le whisky français

Distillation

La distillation est probablement l’étape dans laquelle le savoir-faire traditionnel français a le plus à apporter au monde du whisky. D’une part, car les producteurs s’appuient sur plus des 7 siècles d’expérience en la matière, d’autre part, car il existe sur le territoire hexagonal une très grande variété d’appareils distillatoires. Ainsi, le whisky français peut être issu de petites colonnes, d’alambic charentais, de pot-still à basse pression ou même d’alambics ambulants à vapeur !

Le whisky français

Vieillissement

Depuis la gestion de ses forêts jusqu’à l’art de la tonnellerie, la France a acquis une renommée mondiale en matière de maitrise du vieillissement. À la production de fûts neufs de très haute qualité s’ajoute un parc de barriques de second remplissage riche et diversifié. On pense immédiatement aux ex-futs de vins, qu’ils soient rouges ou blancs (voire de vin jaune du Jura), de vins fortifiés comme le Banyuls, de vins de liqueur comme le pineau des Charentes, le ratafia champenois ou encore le macvin du Jura, mais aussi de cognac, d’armagnac et de bien d’autres eaux-de-vie qui font la fierté de la France.